vendredi 18 septembre 2015

Je suis Vie



« J’ai toujours du mal en voyant partir une de mes toiles »
J’ai entendu ça, cet après-midi.
Même si j’ai mes préférées, une toile reste une toile. Un chemin que j’ai emprunté vers une destination ou, du moins, une étape. Si ce chemin peut satisfaire la vue d’un spectateur, tant mieux. Ce que j’ai peint, hier, est mort. C’est un échelon que je n’utiliserai plus. Je crois.
Un chemin, parce que je pense comme je peins. Aujourd’hui compte parce qu’il vit. Marcher demain encore ou s’arrêter. Pourquoi cette connaissance ? Savoir que nous allons mourir ne suffit pas ? « S’il te restait une semaine à vire, que ferais-tu ? » et qu’est-ce qu’une semaine ? Rien. L’arrêt de cette vie est inévitable. Dans un demain relatif. Je l’ai ressenti aujourd’hui.
Quelle chance de penser à tout ça dans un moment heureux et d’en ressentir un apaisement.  
Et j’ai ri. Ri parce que j’étais exactement là où je voulais être. Dans un cocon musical, un pinceau à la main. J’ai l’immense chance d’avoir marché sur la bonne route jusqu’ici. Toutes les voies sans issues se sont ouvertes sans (trop de) blessure. J’ai ajouté de la couleur vive à ce que j’étais en train de faire et résolu un petit souci de lumière. J’ai levé les yeux sur les gens dans l’atelier et me suis sentie proche de chacun d’entre eux. Cette série de frères et sœurs que je n’ai jamais voulu reconnaitre sont pourtant logés à la même enseigne. Je les ai remerciés silencieusement en pensant à cette stupide notion d’héritage,  personnel et collectif, que seul l’humain peut comprendre.  J’ai fait le tour des scénarios d’anticipation où l’on retrouve un peuple que le besoin de sécurité à rendu esclave. Où le méchant dictateur détourne l’attention en proposant des routines comme paradis artificiels. Puis, comment ce leader, qui n’a fait que répondre à l’attente du peuple, est exorcisé puis renvoyé en enfer. Qui, lisant ces mots sur l’écran, au chaud chez lui voudrait renverser cette allégorie ? Alors je sais mais je me tais. Je joue mes personnages parce que c’est ma sécurité. Le contraire me rendrait fou ou précipiterait le lendemain.

D’ailleurs, est-ce que je sais seulement ce qu’il y a derrière ces personnages ? Plus je cherche et moins je trouve. Si je dois enlever les références et influences, il me reste quoi ? Comment être sûre que même ce que je ressens dans mon cœur, ce qui me prend aux trippes, ce qui me fait pleurer,  n’est pas un conditionnement de ma pensée ? Je suis du rien. La seule chose pouvant me distinguer du vide, c’est la vie. Celle qui renouvelle mes cellules, celle qui passe dans un regard puis dans un autre. Mon chemin dans le temps, peu importe sa durée, me défini. Je suis Vie.