mardi 20 octobre 2015

La ligne


Je me suis rendue compte en tatouant que je devais faire preuve d'une concentration extrême lorsque je devais tracer une ligne droite. En fait, quelque soit l'outil, je me sens impuissante devant la droite. Trop nerveuse, trop incertaine, vers le ciel ou vers la terre, ça foire, ça ondule. Mais je teste, je m'applique, j'en médite presque. Et puis une voix qui dit "pas dans ta nature parce que pas dans la nature organique". Les formes molles dans mon corps, dans mes boyaux. Dans mes os, minéral hybride abandonnant sa forme structure au profit de la courbe. 

Les cassures sont droites, les constructions humaines sont droites (où sont les tipis, les yourtes, les cases ?), les routes, les portes (où sont les arches?), les livres (où sont les rouleaux ?), les fenêtres, ce bureau, ces touches de clavier. Et cette croyance étrange de la ligne, de la forme à angles comme perfection. La ligne est fausse. C'est un leurre, une illusion d'un infini prolongement qui ne peut rien délimiter, qui peut juste limiter les structures, elles-mêmes limitées. Vous pensez aux schémas de la science ? Comme son nom l'indique, ce n'est qu'un schéma. Au mathématiques dans la composition ? L'impression de perfection obligatoire me bouffe la spontanéité. Et l'horizon n'est pas tangible. 
La courbe est partout, elle m'est cellulaire, elle m'est mécanique. Torsions et rotations, cycles et variations. Je ne peux pas aller contre. Je rejette la violence de la ligne droite et des angles.